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Full text of "Jules Raymond Lame Fleury : La Mythologie des Celtes Texte2- Les pretresses de l'Ile de Sein"

LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 

i Mi LAMÉ FLEUR Y 

NOUVELLE ÉDITION' 



PARIS 

C. B0RBÀN1, LIBRÀ1RË-ÉDITE0R 

Pîi.JF SIS Sil.iT6-FlftFS, 9 

1&72 
GEORGE R- LnCKWOO» 



LES PRÊTRESSES DE L'tiJE XHE SEIN- 311 

r 



LES PRÊTRESSES DE L'ILE DE SEIN. 



Les druides se distinguaient des autres 
Gaulois par un costume remarquable, 
ordinairement tissu de lin , et consistant 
le plus souvent en rrne robe qui leur des- 
cendait jusqu'aux talons „ tandis que le 
vêtement habituel des peuples celtiques, 
assez semblable à la blouse que portent 
encore les habitants des campagnes t ne 
dépassait pas le genou. Les druides avaient 
les épaules couvertes d'une sorte de sur- 
plis blanc, et lorsqu'ils se préparaient à 
accomplir quelque cérémonie , ils por- 
taient sur leurs vêtements un croissant , 
dont vous apprendrez bientôt la signifi- 
cation. Leurs pieds étaient chaussés de 
sandales de bois, que l'on peut comparer 



312 LES PRÊTRESSES DÉ lIlé DE SEIN. 

à celles que nous nommons aujourd'hui 
des galoches. Ils portaient leur chevelure 
longue et flottante, leur barbe était rasée, 
et ils tenaient à la main une baguette 
blanche a laquelle la crédulité populaire 
attribuait un pouvoir magique. Des bi- 
joux de forme diverse, entoures d'un 
cercle d'or, complétaient cet accoutre- 
ment bizarre. 

À chaque cérémonie célébrée par les 
druides , un des prêtres assistants répan- 
dait d'abord un vase plein d'eau sur un 
autel de gazon,, afin d'honorer l'eau, pour 
laquelle nous connaissons déjà la vénéra- 
tion de la race celtique. Ces prê 1res étaient 
d'ailleurs secondés, dans les pratiques de 
leur culte, par d'autres ministres qui re- 
cevaient le titre de « O va tes » ou «t Eu. 
bages, » Ceux-ci prétendaient prévoir 
l'avenir, et savoir découvrir ou expliquer 
les secrets les plus cachés, comme le fai- 
saient autrefois à Rome les augures et les 
aruspices, 

À côté de ces eubages se trouvaient les 
n Bardes ( » dont le nom signifiait en 



LES PRETRESSES DE L'ÎLE DE SEIN. 313 

langue gaélique « chantres ou poètes. » 
Ceux-là avaient pour mission de chanter 
les hauts faits des guerriers, et de rappe- 
ler la gloire des héros morts en combat- 
tant pour leur patrie. Ce sont ceux qu'i- 
mitèrent plus tard les troubadours et les 
trouvères, auxquels succédèrent au moyen 
âge les jongleurs et les ménestrels que 
vous avez appris à connaître dans l'his- 
toire de France. 

Malheureusement les sacrifices que les 
druides accomplissaient dans ta profon- 
deur de leurs forêts ne consistaient pas 
uniquement à répandre un vase d'eau sur 
un autel rustique. Il n'était pas rare, au 
contraire, qu'il y eût des animaux égor- 
gés, et même des victimes humaines im- 
molées sous le couteau des sacrificateurs, 
à la vue d'une foule recueillie et frappée 
de terreur. Ces victimes s'offraient quel- 
quefois d'elles-mêmes, après s'être prépa- 
rées volontairement cinq ans' à l'avance 
pour ces sacrifices barbares , persuadées 
qu'elles en seraient récompensées dans un 
monde meilleur, où elles retrouvera ter» 1 

MYTHOLOGIE, KOUT. ImT. 18 



314 LES PRÊTÏtESBES ÎVE l/ibE tWË SEIN. 

ceint qu'elles avaient aimés «ou servis. 
Mais, le -plus souvent, le sang répandu dans 
ces cérémonies sauvages était celui des 
prisonniers de guerre choisis parmi Les 
plus jeunes et les plus beaux , ou bien de 
pauvres esclaves que l'on brûlait tout vi- 
vante sur le bûcher de leurs maîtres^ 
auxquels ils devaient servir de «ortége 
dans une autre vie. 'Ces sacrifices, san- 
glants entretenaient chez les peuples d'o- 
rigine celtique des mœurs farouches et 
des coutumes impitoyables, -dont le « I>rm> 
-disme^ » c'est- à-dire 'la toutie-fpnïssance 
des druides > semble avoir été "pendant 
■longtemps la loi suprême. 

Des prêtresses , instruites par les drui- 
des des mystères de leur religion et aux- 
quelles on donnait le nom de « Druides - 
ses, m étaient aussi chargées d accomplir 
quelques-unes des cérémonies observées 
dans les sacrifices. Ces femmes, qui pas- 
saient aussi pour posséder te don de magie 
et de prophétie, vivaient dans des retraites 
plus solitaires encore que celles des prê- 
tres eux-mêmes. Elles habitaient le pins 



LES PRÊTRESSES DE LlLB, QS SCIH.. 315 

souvent des îles ou plutôt des. éeusils sau- 
vages sur le bord de la mer, où Ton pré- 
tendait qu elles avaient le pouvoir d 1 exci- 
ter ou d'apaiser à vd o»td • les vents- et les 
tempêtes par des conjurations doat elles 
seules connaissaient le langage, On leur 
attribuait également k puissance de se 
transformer en toutes sortes; d'animaux 
fantastiques. 

Bans use. île située à rembouckur* de 
la Loire, sur la> cote la plus sauvage de la 
Bretagne gauloise, que Ton nommait 
« l'île de Seto, * neuf druid esses vivaient 
réunies, comme autrefois les vestales ro- 
maines chargées d'entretenir le feu sacré. 
Les Gaulois leur donnaient le titre de 
« Scnes, m clu nom de leur île, autour de 
laquelle régnaient, disait-on, de perpé- 
tuels orages. Des navigateurs, que la tem- 
pête avait jetés à portée de ces parages 
redoutables, assuraient avoir vu, pendant 
la nuit, des femmes échevelées et agitant 
des torches sinistres, parcourir le rivage 
en poussant des cris lugubres ; leur appa- 
rition était presque toujours un pronos- 



316 LES PRÊTRESSES DE L'iLE DE SEIN, 

tic de malheur ou de naufrage pour ceux 
qui les apercevaient. Quelquefois aussi 
des marins venaient de très -loin les con- 
sulter sur le sort de leur navigation, tant 
était grande leur célébrité répandue dans 
toutes les parties de l'Europe et même de 
l'Asie. Ces prêtresses ne donnaient d'ail- 
leurs leurs consultations que la nuit, après 
avoir accompli des cérémonies bizarres 
dans lesquelles elles s'agenouillaient de- 
vant la lune,, et soumettaient les étran- 
gers qui abordaient leur île à des enchan- 
tements nocturnes pour éprouver leur 
courage.